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mercredi 5 juin 2019

Départ pour l'école

Le soleil rouge  embrase l’horizon, ses rayons illuminent les milliers de gouttes de rosée sur l’herbe et les toiles d’araignée.La prairie recrache la chaleur accumulée de sa terre formant un manteau vaporeux.L’air recèle des relents de moissons mélangés à cette odeur enivrante des débuts d’automne faite de parfum de terre labourée et de feuilles en décomposition. Je prends une profonde inspiration pour me nourrir de ce nectar.

Nous quatre montons dans la voiture chargés de nos sacs. Le véhicule démarre pour sortir de la ferme empruntant le chemin de terre qui nous conduira à la route. Encore enveloppés d’une partie de nos rêves, l’ambiance est calme. Seul mon père, levé depuis plus de 3 heures, est dans la réalité. En chemin je ne perds pas une image de la nature qui dans quelques jours va exploser de couleurs rougeoyantes. Je m’en imprègne sachant que je serais enfermé toute la journée.
Le trajet est court pour arriver sur la place du village. La voiture nous y déverse avec une « bonne journée ! »  de mon père en guise d’encouragement. Déjà des petits groupes d’enfants et d’adolescents se trouvent là dans des murmures et quelques rires; en général nous sommes calmes le matin.

Quelques minutes puis un car arrive pétaradant dans un nuage de fumée noire.

Les cars Morand (« les cormorans souri-ai-je ayant attrapé cette maladie du jeu de mot qui ne me quitte plus ») est une petite entreprise de 4 personnes, le père, la mère, le fils et la fille. Les Morand ont un vieux car bleu avec un très long nez (les cormorans !) On en voit dans des films relatant les années quarante et cinquante. Le car qui s’avance est plus petit, adapté au nombre de voyageurs.  C’est souvent le fils Émile, vêtu d’une blouse grise et d’une casquette, qui conduit. Le car comme le bonhomme font partie intégrante de l’équipage, le chauffeur étant une pièce, maitresse tout de même, de l’ensemble tant les deux sont de la même génération et du même gris.

Une fois installés le véhicule s’élance pour une nouvelle expédition. Nous empruntons la route qui mène à la grande ville. Le relief est  vallonné et toute pente descendante observe le même rituel, le chauffeur coupe le moteur en laissant la force emmagasinée et la déclivité entrainer la machine. Ce n’est que lorsque le car semble s’arrêter que les gaz sont remis. C’est toujours ça de gagner en carburant. Pendant le voyage Émile ne se contente pas de conduire. Il lâche le volant, se lève  et attrape la vitre à deux mains afin d’aérer ne reprenant les rênes que lorsque le car tutoie le fossé; range ses affaires sur le bord du pare-brise ; se lève pour donner un coup d’essuie-glace à l’aide d’une petite manivelle; se retourne au moins trente secondes pour sermonner les gens dissipés. Je le surveille attentif à tout ce qu’il fait espérant qu’il reste assis et assidu à sa conduite. C’est peine perdue, deux minutes plus tard il recommence le manège. « Il doit s’ennuyer assis, heureusement que le car connait la route ! » pensai-je.
En chemin nous nous arrêtons prendre des écoliers. L’habitacle se remplit complètement; les gens étant entassés debout. Sur le parcours nous arrivons à la grande montée. Les jours de neige, les véhicules sont souvent bloqués dans le fossé. Émile, lui, sa fierté est d’arriver en haut quelles que soient les intempéries (la conscience professionnelle certainement!). Nous aurions été  également fiers si ce n’est qu’une journée de congé pigmentée de bataille de boules de neige aurait pu nous être offerte sans ces exploits inutiles.

On arrive à l’entrée de l’agglomération, là un virage serré permet aux plus grands de se jeter d’un même côté, la force centrifuge aidant,  les roues d’un flan du car se soulèvent; avec un peu plus de vigueur le véhicule aurait pu basculer.

La première descente de voyageurs. Un attroupement se forme autour d’une fille qui s’est évanouie. Après enquête, elle s’est coincée le pouce dans la portière en montant. Elle a passé les cinq kilomètres sans rien dire, timidité des campagnes. Une fois la porte ouverte elle n’a pu que s’évanouir.

Le prochain arrêt est pour moi, j’espère toujours que personne nous regarde au dehors; on  nous traite déjà de bouseux, notre véhicule ne fait  que, sinon aggraver, du moins renforcer les sentiments des spectateurs. Le véhicule repart coupant là le cordon qui me relie à mon environnement familial.

Une journée d’école va commencer.

dimanche 3 mars 2013

Normandy Rodeo

"Tiens bon! tiens bon!" criait mon père du haut de la butte.
"tu vas encore te faire avoir!"

"Ça y est encore la réplique qui tue" il va falloir que je prouve le contraire, "je ne sais pas si c'est du coaching" pensais-je en courant. En courant! Plutôt en me laissant porter. Car le but du jeu, qui n'en était pas un pour mon père, était de se laisser traîner. Le jeu disais-je était d'essouffler le taureau afin de l'attraper. La méthode, je ne sais si mon père l’avait apprise dans les livres ou si elle lui était venue de ses lointains ancêtres chasseurs. La méthode donc était de prendre la queue de la bête et de se laisser emporter tout en essayant de freiner l'animal. Le premier fatigué avait perdu. Bon le jeu n'était pas forcément équitable, car nous étions deux, mon frère et moi, quand l'un était fatigué il passait le témoin, enfin la queue, à l'autre. Nous pouvions aussi nous préparer tandis que le taureau, lui, vaquait à ses occupations sans se soucier d'une quelconque attaque.
Le combat se passait en plusieurs phases.

La première était d'attraper cette queue, comme on le fait gamin au manège avec la queue de mickey pour gagner un tour gratuit. Là c'était le tour du champ que l'on gagnait et avec la totale, grands huits et autres frayeurs. Pour se saisir de ce bout de poils, mon frère essayait de forcer le taureau à m'approcher, une fois la bête me frôlant, j'empoignais sa queue et là était l'instant crucial, le temps que l'animal comprenne ce qu'il lui arrive, je devais me positionner dans sa course afin de ne pas ressentir le coup de rein de mon adversaire.

la deuxième phase elle, était la plus longue et la plus fatigante. Une fois accroché au taureau, comme un poisson à l'hameçon, il faillait suivre en se laissant porter. Ma méthode à moi, le coach comptant sur la formation personnelle, était de faire de grandes enjambées. J'avais l'impression, l'esthétique en moins, d'être efficace. Il fallait aussi anticiper. C'était dans les virages que nous étions vulnérables, Nous étions déportés et souvent étions obligés de lâcher car une haie ou une clôture arrivait à grands pas. Si nous restions accrochés c'était la catastrophe. Le partenaire devait rester en alerte car à la chute de son collègue il fallait reprendre le témoin afin de ne pas laisser la bête souffler. On faisait la queue si je puis me permettre.

La dernière phase était la plus stressante. Une fois l'animal épuisé, il restait à espérer que les renforts arrivent vite car les ruades de la bête constituaient un danger non négligeable. Lâcher à ce moment stratégique du combat nous promettait les injures des spectateurs. Il m'a semblé une fois voir le sourire du taureau que j‘avais lâché à ce moment. Je ne pourrais l'affirmer.
Malgré tout nous gagnions la plus part du temps. Rare étaient les compliments et la fierté restait un sentiment que nous savourions chacun de son côté. Sobre dans la victoire comme dans la défaite. Je ne me souviens pas de félicitations de mon père et coach à la fois.

"Tiens bon! Disait mon père surtout ne lâche pas!".