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jeudi 27 décembre 2018

Voyage

Ce matin je prends le train pour la capitale.

J’arrive à la gare, pensant être juste à l’heure, j’apprends que le train a vingt minutes de retard. Sur cette ligne l’info, le scoop c’est quand le train arrive à l’heure. Il m’est déjà arrivé d’avoir une heure de retard, de finir le voyage en car et le nec plus ultra, c’est, lorsque vous arrivez à la gare, que le train est annulé. Il fût un temps ou la conscience du service public faisait en sorte que tout marchait bien, là on nous annonce que le train aura du retard et c’est plié « bon voyage !», si on veut se plaindre on peut toujours parler au haut-parleur faute d’avoir un interlocuteur.

Quoiqu’il en soit le train arrive et les usagers sont contents qu’il soit là.

Le voyage en train est une parenthèse, déjà parti et pas encore arrivé, nous sommes cloisonnés dans un wagon, comme dans une grande pièce et allons, sans nous connaître, passer un moment ensemble. Un peu de notre vie est dévoilée surtout si c’est une famille avec des enfants, ces derniers sans préjugé, vivent l’instant, ils s’adaptent au contexte. Il m’est arrivé, voyageant avec ma femme et mes deux fils, que l’ainé, âgé de cinq ans, raconte à la personne, devant, toute notre vie. Certains n’aiment pas les enfants, enfin surtout ceux des autres, ils les dérangent, ils sont regardés d’un œil mauvais et si l’enfant en question est attentif il n’ira pas se frotter à ses réfractaires.
Là je suis en première, début d’après-midi, peu de monde, l’endroit est calme. Chacun vaque à ses occupations, essayant de rendre le moment agréable, elle, faisant des mots croisés, lui, lisant un livre ou jouant sur une console. Le voyage s’écoule à la fréquence des poteaux qui défilent dehors, rythmé par le bruit des roues sur les rails.

Pas besoin de savoir que le voyage se termine, dix minutes avant, les gens commencent à s’agiter, descendent les valises, mettent leur manteau, certains même commencent à remonter le train ce sera ça de gagné à l’arrivée. Si vous restez assis, on vous regarde avec circonspection comme disant : «  il n’a pas compris qu’on arrive ou que c’est le terminus! ». Il faut être dans le mouvement sinon vous passez pour un original. J’attends, ne voulant pas suivre la foule, que le train s’arrête pour me préparer; mais déjà la frénésie de Paris se fait sentir, une équipe de nettoyeur arrive avec des seaux et des serpillières vous faisant comprendre que vous dérangez.

Ce n’est pourtant qu’en passant les portes des stations de métro qu’on se sent arrivé à Paris. C’est la publicité que je remarque en premier, en province nous ne sommes pas assailli par ces panneaux; là il y en a partout, nous ventant leurs marchandises.
Dans les couloirs il faut suivre le flux sinon vous vous faites harangué et bousculé par le monde pressé qui cherche désespérément à récupérer un temps perdu. En fait je comprends pourquoi les gens s’agitent à l’arrivée dans le train, c’est pour être dans le rythme plus tard. Pas question de s’arrêter pour chercher son chemin, la foule vous emmène.

Dans le métro, une autre vie commence. L’intimité n’est plus de mise, vous vous collez à des gens que vous ne connaissez pas. Le flux aux stations régénère la population mais quand vous sortirez vous aurez l’impression que tout le monde se ressemble. L’indifférence est de rigueur, la plus part ne se regarde pas ils sont dans leur bulle, bulle accentuée par ce petit écran lumineux qui captive la majorité. J’ai toujours passé mon temps à observer les gens à essayer de les deviner dans leur vie ; parfois je soutire un éclair, un sourire et c’est rassurant de savoir qu’il y a encore des gens ouverts aux autres.
Quand le wagon s’éclaircit, arrive le mendiant avec sa gamelle. Avant, ils racontaient tout une vie de misère, celui-là ne dit plus rien, il s’arrête devant vous, tend un verre en plastique et vous fixe de ses yeux vides. Il nous fait comprendre qu’on ne peut pas le laisser dans le besoin. Je le regarde ça fonctionne, il récolte quelques pièces , mais ce sont encore les écrans qui servent de rempart pour certains; ne levant pas la tête malgré l’insistance du demandeur.
Bientôt tout le monde aura sa carapace, son armure, ce sera la fin des sourires et de la manche dans le métro.

Je sors enfin à l’air libre après un long voyage. Je reprends facilement mes marques et tombe encore devant un mendiant, mon mendiant devant Monoprix, il me reconnait, me sourit, il vend des journaux locaux et j’ai l’habitude de lui donner la pièce et de lui parler. Je vois la marchande de quatre saisons qui me dit bonjour ; j’ai une vague impression que leur monde s’est arrêté pendant que j’étais parti.

Une impression qu’ils m’attendaient pour reprendre vie.

mardi 24 juin 2014

Les Taupes

Je plonge dans le trou béant ce matin
rejoindre mécaniquement ce monde souterrain
La nouvelle génération de taupe, nous sommes
marchant dans ces galeries creusées par les hommes

Sur le quai tous regardent le tunnel sombre
d’où va surgir le bruyant serpent de métal
qui ouvrira ses gueules vomissant le bétail
emmenant sa nouvelle  cargaison vers l'ombre

Une femme pleure mais personne ne la regarde
Elle est triste, elle a eu une mauvaise nouvelle
Son mari l'a quitté pour une plus belle
Une maladie lui prend le fils qu'elle garde

Personne dans ce lieu ne saura la raison
Les gens baissent la tête de peur qu'on les toise
Ils ne veulent pas se dévoiler montrer leur prison
Ne pas paraître comme ceux que leur regard croise

Un jeune monte, la musique en serre-tête
les yeux roulant sur le jeu de sa console
Il est le pendant des personnages, de ses idoles
Propulsé dans un monde qui le ballotte, l'entête

Continuant son trajet malgré les bousculades
Il ne retiendra que le bruit, les roucoulades
de  ses écouteurs et les images de l'ordinateur
S’en allant laissant les gens à leur torpeur.

Cette jeune femme qui tranquillement se maquille
Il y a dix ans elle n'aurait pas osé cette fille
Aujourd’hui pour elle le métro est l'espace temps
Plus chez elle, pas au travail elle prend l'instant

Avec dextérité malgré les secousses elle s'embellit
Elle doit faire bonne figure, ôter les rides de la nuit
de mascara et de fond de teint elle gomme, aplanit
Deux stations encore et le miracle s'accomplit.

Cette petite vieille qu'en finit pas de parler
Elle houspille, bouscule les gens invites
Critiquant la publicité parlant de sexualité
Elle prend à partie, nous force à l'écouter

Ceux qui ne la connaissent pas sont étonnés
Mais ce qu'elle dit n'est pas dénué de certitude
Ce sont des vérités basiques des choses sensées
Elle prend le choix de les crier pour éviter la solitude

Ce mendiant qui chaque jour sort sa rengaine
Un discours auquel lui ne croit même pas
Réclamant quelqu’argent pour un repas
Grâce à nous il sentira moins la haine

Chaque jour le propos s'enrichit d'un couplet
La maladie, le chômage,  le malheur au complet
Rendant les gens complices de ses ennuis
Il part nous laissant finir notre nuit

On n'est jamais si seul que dans une foule
Si différents et pourtant si proches
On voit les gens on les croit moches
Pourtant en dedans il y a un cœur qui roule.

Le métro poursuit sa couse infernale
Un virage les corps s'entrechoquent, se touchent
Une décharge électrique des sourires débouchent
Un souvenir doux restera de cette heure matinale


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